Le frimas s’installe comme un passager dans un train. Pour un certain temps, à regarder autour. D’une présence certaine, les mains croisées, les yeux ouverts. Les phares s’allument donc. Fidèles groupes électrogènes. Deux trous dans le masque opaque. La journée défunte n’est pas ressuscitable. Emprisonnant l’air. Épaisse, opaque. La grisaille. Définitivement établie, pour la nuit qu’elle précède avec une belle avance. Le brouillard a tout effacé alentour, on s’accoutume peu à peu. On dirait les champs habités par les mânes ce soir.  Rien que du goudron, de la route. Rien que l’absence.  Rien de tout ça ne lui paraît étrange. Elle se demande même qui du paysage ou de son état d’âme a plagié l’autre. Son esprit s’enfonce, comme sa voiture, dans la perspective embrouillée. Le paysage disparu, sobre, ne permet en aucun cas l’évasion, la fuite ; il aide à s’enliser au profond de soi.   Les choses du tourment, pas vraiment définies. Des silences longs comme un voyage dont on n’est plus sûr qu’il se terminera, des cris en continu dans le souvenir. Interdiction de rire : une malédiction sur l’enfance.  Les yeux, droits devant, fixent le flou de la route qui paraît perpétuellement se terminer à quelques mètres, mais qui se prolonge interminablement. On chemine aveugle et tant mieux. Sur le volant, immobiles, les mains aux ongles rongés trahissent.   

Microclimats